"Le Désert des Tartares" de Dino Buzzati

Publié le par Loupiote

Titre original: Il desert dei Tartari; traduit par Michel Arnaud.

Il va m’être difficile de parler de ce livre. Parce que tout ce que je pourrais vous dire ne sera pas assez. Je l’ai refermé hier soir, et je suis encore toute chamboulée.

C’est que dans ce livre, il y a l’espoir, l’habitude, l’attente, la désillusion, l’ennui, la souffrance, le rêve, le silence et la solitude. Cette solitude que Drogo ressentira dés son arrivée au fort Bastiani et qui ne le quittera plus même lors de ses retours à la ville.

Il y a ce sentiment d’étrangeté, d’être déconnecté de la vie, la vraie, celle que mènent ses amis de la ville. Il y a cet espoir fou que peut-être quelque chose viendra du désert, quelque chose qui justifiera toutes ces années passées à attendre.

Car le temps passe. Jour après jour. Année après année. Et parfois quelque chose semble bouger à la frontière, là-bas, dans le désert. Quelque chose qui fait ressurgir les rêves de gloire. Et l'attente de reprendre. Inexorable.

 

Je ne peux en dire d'avantage sur cette oeuvre. Il faut la lire. L'écriture de Buzzati est sobre, élégante et profonde. Certain parle de chef-d'oeuvre. Je laisse à chacun le soin d'en juger. Une chose est sûre, Le désert des tartares m'a parlé et me parlera encore longtemps. En voici un court extrait qui m'a paru particulièrement juste.

" Juste à cette époque, Drogo s'aperçut à quel point les hommes restent toujours séparés l'un de l'autre, malgrè l'affection qu'ils peuvent se porter; il s'aperçut que, si quelqu'un souffre, sa douleur lui appartient en propre, nul ne peut l'en décharger si légèrement que ce soit; il s'aperçut que, si quelqu'un souffre, autrui ne souffre pas pour cela, même si son amour est grand, et c'est cela qui fait la solitude de la vie."

Allez savoir pourquoi, l'écriture de Buzzati m'a rappelé celle de Kafka. Et j'ai vu des similitudes entre Le désert des Tartares et Le Procès. J'y ai retrouvé le même sentiment que la vie est absurde. Et moqueuse.

Publié dans Je lis des livres

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dasola 28/11/2007 09:59

Chef d'oeuvre qui a été adapté avec talent par Valerio Zurlini au cinéma. Le film était en particulier interprété par Jacques Perrin et puis j'adore la chanson de Jacques Brel : Zangra http://www.frmusique.ru/texts/b/brel_jacques/zangra.htm très inspiré de l'histoire du désert des Tartares.

Victor 03/08/2007 12:28

Une des plus belles nouvelles de la littérature, qui, moi aussi, m'a profondément marqué. L'absurde de la vie, l'attente de ce qui ne viendra jamais. On le sait probablement, mais on attend quand même. Et le soir de la vie vient... A lire absolument, mais pas dans n'importe quel état d'esprit en l'ouvrant.Recherchez les paroles de cette chanson relativement peu connue de Jacques Brel "Zangra" :Je m'appelle Zangra et je suis lieutenantAu fort de Belonzio qui domine la plaineD'où l'ennemi viendra qui me fera héros...

Louis 16/11/2006 17:40

Chère Loupiote,
Je me suis longtemps demandé pourquoi le désert des Tartares nous fascinait tant. Je crois que plus d'un lecteur se reconnait dans le lieutenant Drogo. Combien de nos existances, combien de nos destins restent enfermés dans autant de Fort Bastiani. Ce roman nous conduit à cet examen de conscience: qu'avons nous fait de nos rêves,  et dans quelle impasse nous nous sommes fourvoyés ?
Louis
 

caracol 13/11/2006 22:37

LE livre de ma vie de lycéenne ! Pendant longtemps, LE livre de ma vie tout court ! L'attente absurde et définitive de la réalisation d'un vieux rêve increvable et le vide tout autour et rien pour s'envoler ! Sublime !

yueyin 11/11/2006 23:07

vive Buzzati, pour moi aussi c'est un chef d'oeuvre. Je n'avais j'amais pensé à faire le rapprochement avec Kafka mais je vais y penser après tout le K. c'est peut être un hommage, une sorte de château à l'envers ...ouh là !!! grand chat  Une aspirine vite...