"Sac d'os" de Stephen King

Publié le par Loupiote

 La dernière fois que j’ai lu un bon Stephen King, j’étais étudiante en psychologie (c’était donc il y a fort longtemps). La première année, j’ai été relativement sérieuse mais dés la deuxième, j’ai compris que je perdais mon temps. On ne m’enseignait rien que je n’aurai pu apprendre toute seule en lisant des livres chez moi. C’est que dans ma fac de psycho, il y avait un paquet d’incompétents à l’ego surdimensionnés, ce qui m’a donné l’impression d’assister à un concours de celui qui pisse le plus loin. Du coup, j’ai vite fait mien le dicton « on est jamais aussi bien servi que par soi-même » et décidé de n’assister qu’aux cours qui m’intéressaient. Déjà que je devais faire des boulots de merde pour me payer mes études, pas de temps à perdre à écouter des profs se passer eux-mêmes de la pommade ou nous parler amoureusement de LACAN (si vous voulez faire jouir un prof de psychanalyse parlez-lui de «  forclusion du nom du père » ou de « nœud borroméen », ça marche à tous les coups mais attention, c’est pas très beau à voir).

Ce fut une période riche pour moi. Déjà parce que je m’émancipais de ma mère, savourais enfin le bonheur d’être jeune et conne et apprenais à évaluer la dose d’alcool au-delà de laquelle je risquais d’être malade (et aussi à mettre au point des stratégies d’évitement des lits des mecs libidineux). Ce fut aussi une période où j’ai beaucoup lu. Camus, Rilke, Kundera, Sophocle, Desnos, Queneau, Neruda, Vian, entre autres… et Stephen King. Certains de ses livres m’ont plu davantage que d’autres mais lire un King, c’était la garantie de passer un bon moment. Puis j’ai quitté la fac, bossé dans des usines, des hypermarchés et des instituts de sondage. Mon rythme de lecture a ralenti. Et enfin, j’ai lu « La tempête du siècle » et j’ai été tellement déçue que j’ai rangé Stephen King au placard pour un long moment. Jusqu’à ce que l’autre jour, je décide de pardonner à Stephen et embarque Sac d’os. Après tout, on a tous droit à une seconde chance.

 

Ici, nous suivons les aventures de Michael Noonan, un écrivain à succès qui a été incapable d’écrire une ligne depuis la mort de sa femme, quatre ans plus tôt. Avouez que pour un écrivain c’est embêtant. Surtout que dans son cas, il ne s’agit pas seulement de manque d’inspiration, il fait carrément des attaques de panique quand il essaie d’écrire. Depuis il a occupé son temps à remplir des grilles de mots croisés et il est devenu très fort. Après avoir fait plusieurs fois le même rêve troublant, Mike décide de passer l’été à Sara Laughs, une maison qu’il possède au bord d’un lac dans le Maine. Là, il va faire la rencontre d’une jeune veuve (très jeune et très jolie) et de sa petite fille de trois ans. A ce moment là commencent les ennuis et le surnaturel pointe le bout de son nez.

«  Sac d’os est un concentré de tout ce que je connais du désir, des secrets, des morts non apaisées. Si je devais le décrire, je dirais de ce livre qu’il parle d’une histoire d’amour hantée. » explique Stephen King him-self sur le quatrième de couverture de mon édition. Il y a tout ça dans Sac d’os. Le talent de Stephen King c’est d’amener le surnaturel dans notre quotidien. Ses personnages sont presque toujours des types ordinaires qui n’ont rien d’héroïque, des braves types que rien ne prédispose à ce qu’ils vont vivre. Et ses insertions, de magnets de frigos qui écrivent toutes seules, de fantômes ou autres bestioles venues d’un monde parallèle sont souvent prétextes à une réflexion plus profonde, ici, sur la mort et l’impossibilité du deuil.

Stephen King est un écrivain à succès. Certains le méprisent pour ça. Sauf que Stephen King n’est pas Dan Brown ou Mary Higgins Clark. Il sait écrire (ce qui n’est pas le cas de Dan Brown) et il ne prend pas son lecteur (sa lectrice le plus souvent) pour un con décérébré (ce qui n’est pas le cas de Mary Higgins Clark). Alors, oui, bien sûr, vous ne refermerez pas un Stephen King en vous disant : « mince alors, je crois que je viens de comprendre quelque chose au sens de la vie ! », vous ne citerez pas Stephen King pour briller en société (ça n’impressionne personne quand vous dites que vous venez de lire le dernier King alors que ça marche très bien avec Houellebecq et encore mieux si vous trouvez l’univers de Houellebecq kafkaïen). Il n’empêche que c’est du très bon divertissement et que môssieur n’a pas son pareil pour nous raconter des histoires qui font (un peu) peur. J’ai même sentie monter les larmes à certains passages, c’est vous dire !

Publié dans Je lis des livres

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loupiote 15/12/2006 18:59

Florinette, tu peux y aller tranquille avec celui-là, c'est du bon Stephen King.

Florinette 15/12/2006 12:06

Je ne connais pas encore très bien l'univers de King, c'est peut-être  à cause des couvertures de ses romans qui m'ont toujours impressionnées. Pourtant j'ai beaucoup aimé Désolation et celui-ci me tente bien. :0055:

Gaelle 14/12/2006 12:09

J'adore ta chronique, Loupiote ! Je ne savais pas comment faire jouir un prof de psychanalyse, merci, ça peut servir ! Et comme Choupynette, je te FÉLICITE  d'avoir pu replacer kafkaïen. Quant à King, moi je l'aime, et je ne l'échangerais pas contre beaucoup d'écrivains prétendument "profonds", parce que je le trouve profond. Et tant pis si on ne brille pas en société avec King, franchement, entre Houellebecq et lui, mon choix est vite fait ! Et je partage complètement l'avis de Choupynette sur les autres écrivains cités. Et Sac d'Os est un de mes romans favoris de King. Bonne journée !

Loupiote 14/12/2006 19:31

heureuse de voir que ton neurone fonctionne toujours ! Moi aussi entre un King et Houellebecq, je choisi le King. En fait je suis d'accord avec tout ton message.

loupiote 13/12/2006 21:37

Merci Louve, je suis très flattée.

louve 13/12/2006 20:23

Je suis contente d'être passée sur ton blog, parce que j'aime beaucoup, beaucoup, tes deux paragraphes "introductifs"...! :-)